Publié le 05-03-2014 | Alain Braibant

Promouvoir une Wallonie ouverte et innovante

Pascale Delcomminette, nouvelle administratrice générale adjointe de WBI (Wallonie-Bruxelles International), est interrogée par CCImag’.

 

CCImag’ : Vous êtes entrée en fonction le 1er janvier 2014, pratiquement en même temps que la nouvelle CEO de Belgacom, Dominique Leroy. Cela vous inspire une réflexion ?

Pa.D. : « A vrai dire, je ne suis pas ce que l’on peut appeler une féministe. Par contre, cela me réjouit quand des femmes accèdent à des postes importants. Je ne suis pas non plus une « fan » des quotas mais j’approuve, par exemple, la répartition minimale 2/3-1/3 décidée par le gouvernement wallon dans les conseils d’administration. Je crois en fait que le système des quotas est provisoire mais un passage obligé pour déclencher chez les femmes l’envie d’assumer plus de hautes responsabilités dans la vie économique, sociale ou politique. Il reste encore du travail dans ce domaine, notamment pour faire en sorte qu’elles aient plus confiance en elles parce qu’on a derrière nous une culture et une éducation qui ont depuis toujours privilégié le rôle maternel de la femme.  Ceci dit, si je prends mon cas personnel, je n’ai jamais ressenti de frein à ma carrière professionnelle, pourtant je suis mère de trois enfants. Mais, j’ai bénéficié d’un environnement familial favorable avec un mari qui m’a encouragée et qui a assuré l’équilibre au sein de la cellule familiale.»

 

Diplomatie, culture et recherche

 

CCImag’ : Vous êtes d’administratrice générale adjointe de WBI, un organisme que l’on connaît plutôt mal…

Pa.D. : « Pour faire simple, c’est l’agence qui gère les relations internationales de la Wallonie et de Bruxelles. WBI existe depuis 2008 lorsqu’il a été décidé, par souci d’efficacité, de regrouper en un seul organisme les administrations régionales et communautaires responsables des relations internationales. L’action de WBI est large puisqu’elle couvre l’ensemble des compétences des deux entités.»

 

CCImag’ : Cela signifie quoi, concrètement ?

Pa.D. : «L’action des équipes de WBI va de l’entretien des relations internationales, au plan diplomatique, au soutien de projets de coopération avec les pays du sud en passant par la mise en valeur des opérateurs culturels. Nous travaillons essentiellement sur quatre axes : la solidarité internationale et la coopération, l’Europe, la défense des droits fondamentaux dans le monde – je pense par exemple à la liberté de la presse dans les pays en guerre ou en révolution – et, ce qui intéresse en particulier vos lecteurs, le domaine économique.»

 

AWEX – WBI, même combat !

 

CCImag’ : Dans ce domaine, vous ne faites pas double emploi avec l’AWEX ?

Pa.D. : «Pas du tout, au contraire ! Nous sommes complémentaires et développons de plus en plus des actions communes et nous avons même créé des filiales conjointes. L’administrateur général de WBI est d’ailleurs Philippe Suinen, le patron de l’AWEX. Comme son nom l’indique, la mission de l’AWEX est de développer les exportations wallonnes. Au niveau économique, WBI agit dans trois domaines : la culture, l’image de marque et la recherche/innovation.»

 

Cheval de Troie

 

CCImag’ : La culture, cela peut paraître surprenant ?

Pa.D. : «C’est un secteur de plus en plus porteur, économiquement, qui représente 345 milliards  € et 2% du PIB européen. Ce n’est pas rien ! Nous soutenons les entreprises culturelles par des subventions mais nous organisons aussi des expositions, des festivals et la participation à des foires.

En retour, elles sont un excellent « Cheval de Troie » qui peut avoir un impact important sur le « non culturel ». Je pense à la mission menée par l’AWEX en octobre dernier au Brésil, à Sao Paulo. WBI a subventionné la participation d’artistes (design architecture, arts plastiques) à une grande exposition. Leur créativité a suscité la curiosité et l’intérêt de nos hôtes brésiliens et dans la foulée, facilité les contacts de nos entreprises et la signature de contrats. En fait, la culture est un excellent tremplin pour l’économique et avec l’AWEX, nous nous efforçons de mener ensemble des actions qui se renforcent mutuellement. Nous avons agi de la même manière en Afrique du Sud, lors d’une des dernières missions princières, où nous avions convié les universités.

 

CCImag’ : Ces programmes culturels concernent principalement des pays francophones ?

Pa.D. : «Non. Il est vrai qu’au départ, dans leur stratégie internationale, la Wallonie et Bruxelles se sont appuyés sur la Francophonie mais aujourd’hui, notre action dépasse largement ce cadre. Nous avons 17 délégations avec statut diplomatique et 31 accords-cadres avec des pays de pratiquement tous les continents (voir encadré).»

 

CCImag’ : Vous travaillez donc aussi sur l’image de marque et sur la recherche…

Pa.D. : «Ici aussi nous travaillons avec l’AWEX. Ensemble, nous avons commandé au bureau Mac Kinsey une étude sur « l’ADN wallon » qui a abouti à la création d’un nouveau logo et, surtout, à un nouveau « branding » et à la décision de capitaliser sur la notion de « Wallonie innovante et ouverte ». Les 17 délégués à l’étranger et les attachés commerciaux de l’AWEX sont chargés de promouvoir cette image de marque. Nous voulons le plus de cohérence possible pour gommer notre complexité institutionnelle ! »

 

Promouvoir notre recherche à l’étranger

 

CCImag’ : Wallonie innovante, voilà qui nous amène en effet à la recherche

Pa.D. : «Oui et ici, il y a deux chantiers phares. En premier lieu, une plateforme recherche/innovation dont l’objectif est de repérer toutes les possibilités de collaboration internationale et de promouvoir nos secteurs d’excellence, afin d’inscrire nos chercheurs et nos organismes dans les réseaux internationaux. Tous les acteurs de la recherche tant fondamentale qu’appliquée sont concernés et se réunissent régulièrement : les universités, les centres de recherches, les pôles de compétitivité, le FNRS, LIEU (liaison entreprises université), Accord Wallonie, l’AST (Agence de stimulation technologique), l’UWE et les administrations régionales et communautaires. Les avoir ainsi mis tous autour de la table nous permet d’être en écoute quasi permanente de leurs besoins. Ensuite, dans le cadre du plan Marshall 2. Vert, nous avons mis en place des « agents de liaison scientifique » dans plusieurs pays prioritaires. Nous en avons à Uppsala en Suède, à Sao Paulo, à Boston et bientôt au Canada, en Suisse, au Royaume Uni, et en Allemagne. Ces ALS sont chargés d’assurer une veille scientifique et technologique dans les pays dont ils ont la charge, d’y trouver des collaborations pour nos opérateurs et de nouvelles sources de financement pour la recherche.»

 

CCImag’ : Et vous avez les moyens de vos ambitions ?

Pa.D. : «WBI dispose d’un budget de 73,3 millions €, de 212 agents en Wallonie et à Bruxelles et de 126 personnes dans les délégations à l’étranger.»

 

CCImag’ : Quel est votre premier sentiment après quelques semaines de fonctionnement ?

Pa.D. : «Cela va peut-être vous surprendre parce qu’on critique facilement les fonctionnaires mais j’ai trouvé des équipes dynamiques, motivées et créatives qui n’hésitent pas à se remettre en question et qui sont au service de nos partenaires et des opérateurs. Avec une double motivation : faciliter au maximum leurs démarches et promouvoir leur excellence et, par là même, la notoriété de la Wallonie et de Bruxelles.»

 

WBI

Les 17 délégations 

Québec, Paris, Prague, Varsovie, Bucarest, Hanoï, Tunis, Rabat, Alger, Dakar, Kinshasa, Santiago du Chili, Genève, Union européenne, Berlin (en collaboration avec la Communauté germanophone), Pékin, La Haye

Les 31 pays partenaires

France, Luxembourg, Pays-Bas, Estonie, Lettonie, Lituanie, Slovénie, Slovaquie, République tchèque, Hongrie, Pologne, Bulgarie, Roumanie, Croatie, Turquie, Québec, Liban, Palestine, Israël, Maroc, Algérie, Tunisie, Bénin, Burkina Faso, Sénégal, Congo RDC, Burundi, Vietnam, Bolivie, Chili, Haïti

 

Bio Express  – Pascale Delcomminette

  • 45 ans, mariée, 3 enfants
  • Licenciée en traduction anglais-espagnol, Mons
  • Licenciée en sciences économiques, Mons
  • Post graduat en commerce international, ULB
  • Administratrice à l’ASE (Agence de stimulation économique) et au Ducroire  


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