Wallonie

Publié le 28-08-2014 | c. p.

Les agressions sur le lieu de travail ont doublé en un an

La nouvelle législation relative aux risques psychosociaux au travail entrera en vigueur dès le 1er septembre 2014. Un état des lieux s’impose donc. En 2013, d’après une enquête menée auprès de 2088 travailleurs par Securex[1], 24 % des travailleurs belges ont été confrontés à un ou plusieurs types de comportement inapproprié au travail. 11 % de tous les travailleurs belges se sont sentis discriminés ; 10 % se sont plaints de harcèlement moral, 1,4 % se sont sentis victimes de harcèlement sexuel, et pas moins de 16 % des répondants ont subi une agression au travail. Des chiffres qui restent stables par rapport à l’année dernière en ce qui concerne les discriminations, le harcèlement moral et le harcèlement sexuel mais qui ont plus que doublé en matière d’agressions : 7 % en 2012.

Les agressions ont doublées, les agressions émanent surtout de personnes extérieures
 
Pas moins de 16 % des travailleurs indiquent avoir été abordés de manière agressive au travail au cours des 12 mois précédant l’enquête (deux fois plus qu’en 2013 – 7 %). Il est intéressant de remarquer que les travailleurs semblent surtout se sentir victimes de personnes extérieures (55 %) et moins de collègues (26 %), de supérieurs hiérarchiques (18 %) ou d’un groupe de collègues (8 %). Les agressions se présentent donc majoritairement dans des secteurs impliquant de nombreux contacts avec l’extérieur : 21 % des travailleurs du secteur quaternaire[2] se disent victimes d’agressions au travail, contre 14 % des travailleurs du secteur tertiaire[3] et 9 % du secteur industriel.
 
Dans le secteur quaternaire, plus d’un travailleur sur 4 actif dans l’enseignement (27 %) se dit victime d’agressions, tout comme 23 % des travailleurs du secteur des soins de santé et de l’aide à la personne, et 20 % des travailleurs du secteur public et de l’administration. Par ailleurs, les « victimes » sont majoritairement des femmes et des employés : 18 % des femmes contre 13 % des hommes, et 18 % d’employés contre 10 % d’ouvriers et 9 % de cadres.
 
Heidi Verlinden, HR Research Expert : « Il est difficile de donner une explication précise à cette augmentation. Deux raisons sont possibles : d’une part, on remarque que les gens s’expriment de plus en plus librement, que les barrières sont repoussées et que l’auteur des faits considère parfois son agression comme de l’assertivité. D’autre part, il se peut que les travailleurs rapportent plus facilement des cas d’agression qu’auparavant. Les métiers de contact (par exemple, les réceptionnistes au CPAS, l’enseignement et les entreprises de titres-services) disent néanmoins que cette tendance se ressent à la hausse depuis plusieurs années déjà.»
 
Les patrons majoritairement à l’origine du harcèlement moral, les plus de 50 ans les plus souvent touchés
 
Début 2013, 11 % des travailleurs ont affirmé s’être sentis discriminés au travail durant les 12 derniers mois. Ce chiffre est le même qu’en 2012. Il est frappant de constater que 65 % des « victimes » se sentent discriminées par leur supérieur, tandis que 23 % disent l’être par un collègue, 23 % par un groupe de collègues et 8 % par des personnes extérieures (clients, fournisseurs, etc.). Par ailleurs, il semble que les travailleurs âgés de plus de 50 ans soient davantage touchés que leurs collègues plus jeunes (16 % contre 9 %). Dans la mesure où les personnes discriminées souhaitent plus souvent changer d’employeur (20 % contre 7 %) et que les travailleurs plus âgés ont moins de chance d’y parvenir, il s’agit clairement d’un problème.
 
Début 2013, 10 % des personnes interrogées se sont plaintes de harcèlement moral au travail au cours des 12 derniers mois. Ce chiffre n’a pas connu d’évolution significative depuis 2005. Une fois de plus, ce sont les supérieurs qui sont majoritairement à l’origine du préjudice (52 %), et dans une moindre mesure un collègue (36 %), un groupe de collègues (15 %) ou des personnes extérieures (9 %). Ici aussi, les travailleurs de plus de 50 ans représentent un groupe vulnérable (14 % contre 9 %).
 
Une nouvelle législation visant à mieux prévenir les  risques : la personne de confiance
 
Parmi les points positifs, il est à noter qu’en 2013, 8 travailleurs sur 10 ont indiqué pouvoir se tourner vers une personne de confiance lorsqu’ils se sentent victimes de comportements indésirables.
 
La nouvelle législation relative aux risques psychosociaux au travail entrera en vigueur dès le 1er septembre 2014. Les accords en matière d’intervention psychosociale sont dorénavant applicables lors de tout dommage psychique caractérisé par le travail et l’organisation sur laquelle l’employeur a un impact. Ils ne se limitent donc plus au harcèlement moral ou sexuel et aux agressions sur le lieu de travail, mais s’appliquent également, par exemple, aux problèmes de stress et de burnout. La personne de confiance et le conseiller en prévention voient dès lors leur champ d’action s’élargir. La protection du travailleur s’applique néanmoins uniquement en cas de demande d’intervention officielle et acceptée, relative à une agression ou un cas de harcèlement moral ou sexuel sur le lieu de travail.
 
Sylvia de Turck, Senior Consultant en bien-être psychosocial et Conseillère en Prévention Psychosociale chez Securex : « L’élargissement du domaine d’application de la nouvelle législation est une bonne nouvelle. L’employeur est informé de ses vastes responsabilités en matière de risques psychosociaux. Nous recommandons aux employeurs de mettre en place des politiques de prévention psychosociales ambitieuses et efficaces, afin de prévenir les risques psychosociaux au maximum. En parallèle, il est toujours intéressant de communiquer en interne sur le rôle et les responsabilités de la personne de confiance et du conseiller en prévention psychosocial, afin que les travailleurs puissent s’y adresser au plus vite,  si nécessaire. »
 
Le harcèlement, les agressions et la discrimination au travail entraînent stress et manque de motivation
 
Les travailleurs qui se sentent victimes de harcèlement moral, discrimination ou agression font face à plus de stress et souffrent dans le cadre de l’exécution de leur travail, ce qui entraîne dès lors des absencesmaladie plus fréquentes et surtout plus longues.
 
L’impact le plus fort se rencontre au niveau de la satisfaction et de l’intention de quitter son emploi. C’est le harcèlement, surtout, qui entraîne un triplement du nombre de travailleurs insatisfaits et du nombre souhaitantchanger d’employeur à court terme.

 

 
Différences entre les travailleurs qui se sentent ou non victimes de
harcèlement, discrimination et agressions au travail 
 
Sylvia de Turck, Conseillère en prévention psychosociale et Senior Consultant chez Securex, explique : « Que pouvez-vous faire pour y remédier en tant qu’organisation ? La première chose est de mettre en place une culture d’entreprise saine, ouverte et sûre. Il est important d’informer sur ce sujet et de prévenir au maximum les risques psychosociaux qui y sont liés. »
 
Le travailleur lui-même peut se sentir plus confiant s’il suit une formation qui lui apprend à gérer efficacement les personnes agressives. Sylvia De Turck poursuit : « Relever les cas d’agression permet également de rassembler des données importantes. En effet, on peut ainsi estimer l’ampleur du problème au sein de l’organisation. Enfin, vous pouvez prévoir une prise en charge adaptée des victimes a posteriori. Afficher son soutien est généralement suffisant, mais il convient aussi de prévoir un accompagnement psychologique et juridique pour les cas les plus graves. »
 
 
[1] Sondage réalisé auprès de 2088 travailleurs en février et mars 2013 au moyen d’enquêtes en ligne. Analyses après rééchantillonnage, sur un échantillon représentatif de 1318 travailleurs : la répartition de l’échantillon est faite selon le statut, le sexe, l’âge et la région des travailleurs, et correspond à la répartition sur le marché du travail.
2 Secteur quaternaire : administration et services publics, enseignement, soins de santé et aide aux personnes, culture, sport & loisirs.
3 Secteur des services.


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