Publié le 20-05-2015 | Céline Léonard

Robotisation : votre métier est-il une espèce en voie de disparition ?

Des robots qui remplacent les Hommes : la tendance n’est pas neuve en entreprise. Un coup d’œil vers nos industries suffit d’ailleurs à nous en convaincre. Mais l’incursion du digital prend aujourd’hui une nouvelle tournure. Parallèlement au secteur industriel, les activités de service se voient à leur tour impactées par l’innovation technologique. Le bureau Economic Research d’ING a mené une grande étude en la matière. Votre métier va-t-il disparaitre sous le coup de la robotisation ? Découvrez ci-après les principaux résultats de cette analyse.

Notre économie fonctionne selon un principe de destruction créatrice. Popularisée par l’économiste autrichien Joseph Schumpeter, cette dynamique voit conjointement disparaitre des secteurs d’activité tandis que d’autres voient le jour. Ainsi, à titre exemplatif, tandis que les sites miniers fermaient dans nos régions, on assistait au développement de l’énergie nucléaire.

Que l’innovation conduise à une évolution permanente des métiers sur le marché du travail n’est donc pas un phénomène récent. La donne est, cependant, en train de changer. Et ce, à double titre :

  • tout d’abord, le processus s’accélère. L’Homme assimile de plus en plus vite le progrès technologique.  Quelques exemples valent mieux qu’une longue explication : il aura fallu près de 80 ans avant que la voiture ne devienne un produit dit de «Mass Market» ; 40 ans pour que l’aviation civile soit à la portée de tous (ou presque) et seulement huit petites années pour que les tablettes et smartphones envahissent notre quotidien. Deux milliards d’IPhone sont actuellement en circulation dans le monde ! Un phénomène d’une amplitude remarquable. Une accélération jamais connue ;
  • ensuite, longtemps cantonnés à l’automatisation des tâches dans le secteur manufacturier, la robotisation et les progrès technologiques touchent désormais les emplois du secteur tertiaire.

Face à ce constat, une question s’impose : Jusqu’à quel point les métiers actuels, issus principalement du secteur des services, pourront-ils être robotisés ? Le bureau Economic Research d’ING s’est penché sur le sujet. Voici les principaux résultats de cette analyse.

Un emploi sur deux

Sur les 4,5 millions d’emplois pris en compte dans cette étude, 2,2 millions pourraient être robotisés (soit 49% des emplois en Belgique). Près de 35% des emplois affichent même une probabilité élevée (supérieure à 70%) d’être robotisés.

Résultats par classe de fonction:

Ce premier tableau nous montre que ce sont les employés de type administratif qui affichent le plus haut degré de robotisation (93%). A l’opposé, les managers (13%) ainsi que les professions intellectuelles, scientifiques et artistiques semblent les mieux protégées.

Sans titre

 

Le TOP 10 des métiers les « plus robotisables » :

Ce classement a été établi en prenant à la fois en compte la probabilité de robotisation et le nombre d’emplois concernés en Belgique.

Dénomination

Probabilité de robotisation

Nombre d’emplois

Emplois robotisables

1

Employés de bureau, fonctions générales

0.97

160,201

155,395

2

Vendeurs, magasin

0.95

139,69

132,705

3

Aides de ménage à domicile

0.69

132,676

91,546

4

Agents d’entretien dans les bureaux, les hôtels et autres établissements

0.57

113,154

64,875

5

Cadres comptables

0.96

61,026

58,381

6

Employés du service des stocks

0.86

62,072

53,175

7

Employés de services statistiques, financiers et d’assurances

0.97

53,047

51,349

8

Employés administratifs non classés ailleurs

0.92

46,766

43,025

9

Secrétaires (fonctions générales)

0.96

43,894

42,138

10

Aides comptables et teneurs de livres

0.97

37,428

36,305

 

Le TOP 10* des métiers les « moins robotisables » :

Clairement, les éléments jouant en défaveur de la robotisation sont l’importance de la perception et de la manipulation dans l’exécution de la tâche, l’importance de l’esprit de créativité et l’importance de la gestion des liens sociaux.

 

 

Dénomination

Probabilité de robotisation

Nombre d’emplois

Emplois robotisables

1

Inspecteurs et enquêteurs de police

0.23

24,026

5,481

2

Manœuvres du génie civil

0.88

6,187

5,445

3

Instituteurs, enseignement primaire

0.09

61,006

5,32

4

Managers des services administratifs non classés ailleurs

0.36

14,937

5,303

5

Agents concessionnaires

0.99

5,17

5,093

6

Electriciens du bâtiment et assimilés

0.15

33,947

5,092

7

Monteurs d’appareils électriques et électroniques

0.92

5,487

5,059

8

Plâtriers

0.75

6,723

5,042

9

Cuisiniers en restauration rapide (sandwiches, hamburgers, pizzas et assimilés)

0.88

5,581

4,883

10

Joailliers et orfèvres

0.95

5,122

4,866

*Sur base du TOP 100 établi par ING

Ces résultats doivent-ils nous effrayer ?

Au regard du bureau Economic Research d’ING, ces résultats doivent davantage perçus comme une opportunité que comme une menace. Bien évidemment, la robotisation entrainera la disparition de certains emplois et même de certains métiers mais :

–          ces résultats doivent, tout d’abord, être quelque peu nuancés. Ils ont été établis sur base de la capacité technique à robotiser certains métiers. Cela ne veut pas dire que la robotisation se fera de facto. Même si la technologie existe, certaines entreprises préfèreront poursuivre un temps avec l’humain ne serait-ce que pour des questions de coûts. Parallèlement, la robotisation ne fera pas nécessairement disparaitre un métier. Elle pourra aussi se traduire par la prise en charge de certaines tâches effectuées dans le cadre de ce métier ;

–          la robotisation représente, ensuite, une opportunité de créer de nouveaux emplois ou de compléter les emplois existant ;

–          à partir de 2020, sous l’effet du vieillissement de la population, le nombre de personnes actives va diminuer. La robotisation pourrait alors nous aider à compenser le manque de travailleurs.

Pas de menace réelle donc mais des défis en cascade :

–          adapter l’enseignement  pour qu’il corresponde aux métiers de demain ;

–          gérer la formation permanente dans les entreprises pour assurer le maintien à niveau des membres du personnel ;

–          permettre la réorientation des travailleurs « victimes » de la robotisation ;

–          développer de nouvelles expertises que nous pourrons exporter ;

Comme le disait Winston Churchill, Mieux vaut prendre le changement par la main avant qu’il ne nous prenne par la gorge. Lutter contre le progrès technologique serait donc une erreur. Nos autorités doivent s’y adapter pour qu’il soit la source d’un plus grand bien-être (en nommant, par exemple, un Ministre de l’Innovation). Quant aux entreprises, leur responsabilité est d’assimiler le progrès en leur sein en nommant, par exemple, un Chief Innovation Officer (CIO).

Vous souhaitez parcourir l’ensemble des résultats de l’étude ING ou connaitre la méthodologie observée pour les obtenir ? Plus d’infos sur : https://about.ing.be/A-propos-dING/Publications/Publications/ING-Focus.htm

 

  


A propos de l'auteur



Les commentaires sont fermés

Retour au début ↑