Publié le 23-09-2014 | c. p.

Suppression du jour de carence : réelles répercussions financières pour l’employeur

Le statut unique pour les ouvriers et les employés a été introduit le 1er janvier 2014, entraînant du même coup la suppression du jour de carence. Les ouvriers absents durant moins de 14 jours perçoivent désormais aussi un salaire garanti dès le premier jour de maladie. On craignait que cette suppression du jour de carence se traduise dans les faits par une augmentation de l’absentéisme de courte durée chez les travailleurs. Une étude[1] menée par Securex révèle que ce cas de figure reste actuellement limité. Il n’en reste pas moins que cette situation entraînera un surcoût…

 

Nombre d’ouvriers absents légèrement supérieur dans les entreprises où le jour de carence a été supprimé
En 2013, les entreprises n’étaient pas tenues de rembourser le premier jour d’absence pour maladie (d’une durée inférieure à 14 jours) aux ouvriers et employés à l’essai. Contre toute attente, les entreprises qui appliquaient le jour de carence étaient confrontées à au moins 18 % d’absences en plus pour maladie de leurs ouvriers, par rapport aux entreprises qui ne l’appliquaient pas. Le jour de carence (le non-paiement de ce premier jour) ne réduisait donc pas le nombre d’absences de courte durée. Au contraire ! À moins qu’il ne soit imposé par le secteur, les entreprises qui n’appliquaient déjà plus le jour de carence en 2013 l’ont potentiellement supprimé parce qu’elles ne croyaient pas en de telles mesures symptomatiques pour lutter contre l’absentéisme, mais bien en des mesures curatives et préventives. Toutefois, le jour de carence, et donc sa suppression, ont-ils un effet sur l’absentéisme ? Manifestement oui, mais il est limité.

 Depuis la suppression du jour de carence (lors de l’introduction du statut unique en janvier 2014), Securex constate un impact limité, mais néanmoins significative, sur les absences de courte durée. La tendance générale du nombre d’absences de courte durée au cours du premier semestre 2014, se caractérise par une diminution. Toutefois, cette baisse est bien moins marquée dans les entreprises qui ont évolué du non-paiement au paiement du premier jour de maladie que dans celles qui payaient déjà le premier jour de maladie en 2013. Les ouvriers des entreprises contraintes de supprimer le jour de carence en raison du statut unique se portent dès lors un peu plus facilement malades qu’avant la suppression, un effet que nous constatons tant pour le premier que pour le deuxième trimestre de 2014.

Nombre d’absences pour maladie de moins de 14 jours – par 100 ouvriers

 

 

2013

2014

Évolution

Premier trimestre

Entreprises qui NE pratiquaient PLUS le jour de carence en 2013[2]

32

26

– 18 %

Entreprises qui pratiquaient ENCORE le jour de carence en 2013

38

33

– 14 %

Deuxième trimestre

Entreprises qui NE pratiquaient PLUS le jour de carence en 2013

21

20

– 3 %

Entreprises qui pratiquaient ENCORE le jour de carence en 2013

26

26

– 1 %

La diminution de 16 % des absences de courte durée entre le premier trimestre de 2013 et la même période en 2014 semble liée au fait que nous avons connu, au début de cette année, l’épidémie de grippe la plus courte[3] de ces 10 dernières années : ce n’est donc pas la suppression du jour de carence, mais une saison grippale particulièrement clémente qui explique la baisse de l’absentéisme des travailleurs belges au début de cette année.

Augmentation des  coûts pour l’employeur, mais effet positif d’une politique de la santé globale
Si la suppression du jour de carence n’a pas entraîné la hausse redoutée du taux d’absentéisme parmi les travailleurs, l’impact financier pour l’employeur belge a, quant à lui, considérablement augmenté.
Si toutes les entreprises avaient payé le premier jour d’absence en 2013, tous les employeurs auraient eu à supporter ensemble un coût dû à l’absentéisme de 1,18 milliard d’euros pour les ouvriers et de 1,88 milliard d’euros pour les employés (contre 1,16 et 1,87 milliard d’euros), soit une augmentation de respectivement 1,8 % et 0,4 %. Toutefois, seuls 20 % des ouvriers et 2 % des employés peuvent prétendre à un jour de salaire garanti supplémentaire[4]. C’est donc pour ce groupe restreint que l’augmentation du coût de l’absentéisme s’exprime de la manière la plus sensible, même sans que le nombre d’absences augmente : à hauteur de 18 %.

Heidi Verlinden, HR Research Expert pour Securex : « Pour les mois n’étant pas concernés par l’épidémie de grippe, les entreprises qui n’ont supprimé le jour de carence qu’au début de cette année vont connaître une augmentation sensible des coûts liés à l’absentéisme. Et comme leurs absences avaient déjà en 2013 entraîné des frais supérieurs à la moyenne, il convient d’agir sans tarder en s’attaquant notamment aux causes spécifiques des absences fréquentes et de courte durée que sont les problèmes de santé, la démotivation et le stress. Il faut donc veiller à instaurer des mesures actives visant à promouvoir la santé, tant sur le plan physique que mental, à prévoir des emplois qui correspondent aux compétences et intérêts de vos collaborateurs, à définir des objectifs sensés et à leur octroyer une certaine autonomie. N’oubliez pas que vos collaborateurs sont avant tout des êtres humains. Certaines études scientifiques[5] montrent d’ailleurs que le taux d’absentéisme est moins élevé dans les entreprises qui appliquent ces principes. L’effet d’une bonne politique en matière d’absentéisme ou de gestion du personnel semble dès lors plus important que celui d’un jour de carence. »



[1] L’échantillon pour la première moitié de 2014 se compose de 22 952 employeurs et 202 476 travailleurs du secteur privé, tout en étant représentatif du marché belge du travail en termes de taille des entreprises, et de statut, sexe et âge des travailleurs. La répartition régionale a été corrigée par un facteur de pondération spécifique par province, et ce sont les clients du Secrétariat Social Securex qui ont enregistré les données.

 

[2] Et qui payaient donc un salaire garanti pour chaque premier jour d’une absence pour maladie en 2013.

 

[3] Le premier semestre de 2014 se caractérise par une baisse de l’absentéisme de courte durée (moins d’un mois), mais aussi de la fréquence du nombre d’absences. Ce phénomène s’exprime toutefois le plus ostensiblement lors du premier trimestre. Cette évolution peut notamment s’expliquer par la durée inhabituellement courte de l’épidémie de grippe (la plus courte depuis 10 ans) au début de l’année. Les rapports de l’ISP (Institut scientifique de Santé publique) indiquent clairement que l’épidémie de cette année a commencé bien plus tard, a duré moins longtemps et a même été moins virulente que les années précédentes. En 2013, nous avions en effet été confrontés à une épidémie de grippe particulièrement longue et virulente, ce qui avait entraîné une augmentation du taux d’absentéisme de courte durée de l’ordre de 9 %.

[4] Car occupés comme ouvrier ou employé à l’essai dans une entreprise appliquant le jour de carence, et présentant une ou plusieurs absences d’une durée inférieure à 14 jours.

[5] Telles que : « Werknemers met inspraak in plaats, tijdsregeling en inhoud van het werk, zijn minder afwezig », issue de T. Vandenbrande, S. Vande Kerkchove, P. Vendramin, Van Hooteghem, et al., (2012) « Qualité du travail et de l’emploi en Belgique », étude HIVA KUL. Ou : « L’autonomie mène à moins d’absences, le contrôle non» issue du white paper  Securex « Agir face à l’absentéisme ». Lire également les livres blancs « Un nouveau regard sur la motivation », « Ils travaillèrent longtemps… et eurent beaucoup de bonheur » et « Agir face à l’absentéisme en France » sur www.securex.be/whitepapers


A propos de l'auteur



Les commentaires sont fermés

Retour au début ↑