Publié le 17-11-2014 | Céline Léonard

András : et la lumière fut

András Heine est un joailler de la lumière. Discrètement installée à Liège, sa société est la dernière lustrerie traditionnelle de Wallonie. D’ici deux ans, ce fleuron de notre patrimoine passera entre les mains de Laurent Brogneaux, un ancien banquier littéralement tombé amoureux de ce si rare métier…

En cette année 2014, la Maison András fête ses 80 ans. «Elle a été fondée par mon père, Sandor Heine, explique András. A l’époque, Liège comptait une cinquantaine de lustreries. Elles ont aujourd’hui toutes disparu. Mon père m’a patiemment transmis ce savoir-faire vieux de plusieurs siècles qu’il avait appris dans son pays natal, la Hongrie.»

Plus qu’un métier

00708 - lamp. ALTAÏ présentation copieQuand on lui demande d’expliquer en quoi consiste son quotidien, András se fait volubile. « Je suis créateur, fabricant et restaurateur de luminaires. Je n’ai pas le sentiment d’exercer un métier mais une dizaine. Lorsque je crée une lampe, je suis dessinateur ; quand j’ébarbe et cisèle, je suis bronzier ; quand je traite le métal, je suis bronzeur ; quand je relie les fils entre eux, je suis électricien ; quand je sors de mon atelier, je deviens vendeur. »

Maitrisant tous les styles artistiques, András concentre aujourd’hui son activité créatrice sur des luminaires contemporains et d’avant-garde. « Les particuliers ne sont plus en quête de modèles classiques. Je leur propose donc des pièces uniques et numérotés empreintes d’une certaine modernité. Chaque luminaire est réalisé à la main, en bronze massif coulé dans le sable. Comme le veut la tradition.»

En dépit des goûts actuels de la clientèle, le style ancien n’a pas totalement disparu de l’atelier. «Il reste en effet présent au travers de mon activité de restaurateur. Particuliers, antiquaires, pouvoirs publics ou fabriques d’église me confient ainsi la remise en état de leurs objets. Parmi mes références, on compte les luminaires du Palais des Princes-Evêques de Liège, du Mémorial Interallié de Cointe, des châteaux de Modave et Harzé, de l’Hotel de ville de Laeken et de l’Eglise Notre-Dame de Calais.»

 

La relève

Si tant de lustreries liégeoises ont disparu au cours des dernières décennies, c’est en grande partie faute de repreneurs. Un destin auquel échappera la Maison András. Le hasard a en effet  mis sur sa route Laurent Brogneaux, un jeune homme au profil atypique. «Voici 2 ans, j’étais encore banquier, souligne-t-il amusé. C’est précisément dans mon bureau que j’ai rencontré András. Quand il m’a parlé de son métier, le manuel contrarié que j’étais a immédiatement été emballé. Il cherchait alors à remettre sa société. Dès le lendemain, je l’ai contacté pour lui manifester mon intérêt.» Depuis lors, à mille lieux du monde bancaire, Laurent apprend le métier de lustrier. « Il n’existe pas d’école en la matière, c’est donc auprès d’András que je me  forme.»

D’ici un an et demi, notre apprenti reprendra seul les rênes de l’entreprise. Une étape qu’il entend sereinement aborder. « Mon revirement professionnel comporte une part de folie mais n’est-ce pas le propre de tout projet entrepreneurial ? Je suis convaincu qu’il existe une clientèle en quête de luminaires originaux que l’on ne retrouve pas dans tous les intérieurs. Tout en me conformant au savoir-faire qui m’aura été transmis, j’espère apporter une touche de modernité à la société en y développant, notamment, la vente en ligne ou en faisant appel à de jeunes designers pour concevoir certains modèles.»

Heureux d’avoir trouvé un successeur, András n’appréhende pas le calme de la retraite. « Je m’adonnerai alors à mon autre passion : la musique. Après la lumière, place au rock et à la guitare électrique ! »


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